Eau de Mélisse
des Carmes Boyer

1611

Au XIIIe siècle, Saint-Louis ramène de Terre sainte des religieux qui s’étaient réfugiés à Chypre pour fuir les Sarrasins. Ces derniers disaient que l’ordre auquel ils appartenaient avait été fondé sur le mont Carmel, en Israël.

Les moines de cette confrérie, qui n’est autre que l’ordre des Carmes, avaient la particularité d’étudier les simples – plantes médicinales utilisées telles qu’elles sont fournies par la nature – et de pratiquer des guérisons.

Lorsque les Carmes quittent le couvent de l’Ave Maria, c’est pour s’installer place Maubert, à Paris, puis rue de Vaugirard, où ils fondent en 1611 le couvent des Carmes déchaussés de la rue Vaugirard, avec l’appui de Marie de Médicis, princesse de Toscane, reine de France.

Aspirant à faire renaître leurs spécificités, ils aménagent alors leur propre officine de distillerie dans une dépendance et commencent à fabriquer et à commercialiser le savant mélange composé de plantes médicinales et d’épices.

Un médecin inconnu en révéla la recette secrète au Père Damien, qui fut le premier à en élaborer la fabrication.

Cette composition deviendra l’Eau de mélisse des Carmes.

Louée par les médecins et diffusée par les gens de la Cour de Louis XIV, « l’eau-remède » acquiert un prestige croissant et le bouche à oreille fait rapidement son effet dans l’entourage du Roi-Soleil. La duchesse de Bourgogne lui en vante si bien les mérites qu’il décide de délivrer aux Carmes déchaussés ses lettres patentes, leur conférant l’exclusivité de l’élaboration de l’Eau de mélisse.

L’élixir franchit bientôt les frontières françaises et s’invite dans tous les palais d’Europe. Mais sonne l’heure sombre de la Révolution, et sa notoriété est ébranlée. Le gouvernement confisque les richesses des religieux et s’attribue la propriété de la préparation.

Profondément résolus à en reprendre possession, 45 Carmes forment alors une société civile et rachètent à l’Etat la propriété de l’Eau des Carmes pour la somme de 60 000 livres.

Ils s’installent peu après au 14, rue de Taranne.

C’est en 1831 que la société Royer et Raffy reprend le flambeau, marquant ainsi la fin de 230 ans de gestion religieuse de l’Eau des Carmes.

En 1838, Amédée Boyer rejoint la société civile, dont il devient le propriétaire.

Cela fait maintenant sept générations que les descendants de la famille Boyer perpétuent ce savoir-faire artisanal, ce patrimoine immuable, ce morceau d’histoire de Paris qui a traversé la Révolution, les guerres et les crises sans jamais faillir.